Cosmétique de l'ennemi : un livre construit comme une nouvelle, basé sur le thème de l'ennemi intérieur.
Je vous mets un extrait, et comme vous pouvez le voir, tout le livre (qui est court d'ailleurs) est construit sur un dialogue.
Un homme, Jérôme Angust, est en train de lire dans un aéroport en attendant son avion qui a du retard. Un inconnu lui adresse la parole :
"- Je vais donc vous parler de moi. (l'inconnu)
- J'en étais sûr. (J. Angust)
- Comme je vous l'ai déjà dit, mon nom est Texel. Textor Texel.
- Navré.
- Vous dites cela parce que mon nom est bizarre ?
- Je dis cela parce que je suis navré de vous rencontrer monsieur.
- Il n'est pourtant pas si bizarre mon nom. Texel est un patronyme comme un autre, qui dit mes origines hollandaises. Cela sonne bien, Texel. Qu'en pensez-vous ?
- Rien.
- Evidemment, Textor, c'est moins facile. Pourtant, c'est un prénom qui a ses lettres de noblesse. Savez-vous que c'était l'un des nombreux prénoms de Goethe ?
- Le pauvre.
- Non : ce n'est pas si mal, Textor.
- Ce qui est affligeant, c'est d'avoir quelque chose en commun avec vous, ne serait-ce qu'un prénom.
[...]
- Que peut-on faire contre les gens de votre espèce ? S'enfermer aux toilettes ? (J. Angust)
- Cela ne servirait à rien, cher monsieur. Nous sommes dans un aéroport : les toilettes ne sont pas isolées phoniquement. Je vous accompagnerais en ces lieux et je continuerais à vous parler derrière la porte.
- Pourquoi faites-vous ça ?
- Parce que j'en ai envie. Je fais toujours ce dont j'ai envie.
- Moi, j'ai envie de vous casser la gueule.
- Pas de chance pour vous : ce n'est pas légal. Moi, ce que j'aime dans la vie, ce sont les nuisances autorisées. Elles sont d'autant plus amusantes que les victimes n'ont pas le droit de se défendre.
- Vous n'avez pas d'ambitions plus hautes dans l'existence ?
- Non.
- Moi, si.
- Ce n'est pas vrai.
- Qu'en savez-vous ?
- Vous êtes un homme d'affaires. Vos ambitions se chiffrent en argent. C'est petit."
Flu : "Avec "Stupeur et tremblements" et "Métaphysique des tubes", vous puisez ouvertement dans votre mémoire. Mais on a souvent aussi cette impression que, comme dans "Cosmétique...", vous puisez en toujours en vous, dans des expériences douloureuses...
A.N : C'est exact, mais ce n'est pas autobiographique pour autant. A part la séquence du meurtre du petit garçon à l'age de huit ans qui, elle, est autobiographique - puisque j'ai tué mentalement un garçon dans ma classe et ça a marché - rien n'est autobiographique dans ce livre. Mais, mine de rien, je parle beaucoup de moi. Par exemple, les troubles alimentaires de l'ennemi ; même si je n'ai pas eu exactement ces troubles là, j'ai eu des troubles qui y ressemblaient. D'autre part, la culpabilité dont il souffre est certainement une chose que je retrouve en moi. Sauf que moi, je n'ai rien fait pour en arriver là... je suis une innocente, souffrante culpabilité."
Petit passage d'une interview. Amélie est vraiment une personne étrange, voire dérangeante, je pense sincèrement que c'est ça qui fait son succès, et la facilité qu'elle a pour écrire est déconcertante.
(Mon avis : je préfère mon statut de lectrice et ne pas écrire des histoires comme ça. Je suis d'accord c'est une femme géniale qui possède un talent fou, mais pour écrire de telles choses il faut être légèrement victime de troubles... Ceci dit, j'ai adoré !)